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Les Ami(e)s de la Paix Défient les Frontières
par Sybille Ngo Nyeck

L'Eternel fit venir un grand poisson pour engloutir Jonas, et Jonas fut dans le ventre du poisson trois jours et trois nuits. Jonas, dans le ventre du poisson pria l'Eternel(le), son Dieu. Il dit: "Dans ma détresse, j'ai invoqué l'Eternel, et il m'a exaucé; du sein du séjour des morts, j'ai crié, et tu as entendu ma voix [...]Je disais: Je suis chassé loin de ton regard! Mais je verrai encore ton saint temple [...] Je suis descendu jusqu'aux racines des montagnes [...] Quand mon âme était abattue au-dedans de moi, je me suis souvenu de l'Eternel(le), et ma prière est parvenue jusqu'à toi, dans ton saint temple." L'Eternel(le) commanda au poission de vomir Jonas sur le rivage de Ninive [...]. (Jonas 2)

L'Eau douce de la Terre appartient à tous et elle est nécessaire à la vie; elle ne doit pas être traitée comme une marchandise achetable; vendable, source de profit tel un bien économiques. (Déclaration de Porto Alegre, 2002)

Quiconque a fait l'expérience de la vie sait qu'elle est imprévisible parce que soumise aux caprices du temps, des politiques et des cultures. De la naissance à la mort, l’existence humaine est succession de couplés tantôt gagnants, tantôt perdants; des situations complexes parfois inattendues mais jamais vides de sens. Je pense d’ailleurs qu'à chaque épreuve de la vie s'attache son lot de bénédictions.

Jonas, dont le nom signifie "Colombe" était manifestement destiné à être un prophète de la vraie paix parce que fils d'Amittaï (vrai). En ce temps là, le royaume du Nord (Israël dont la capitale est la Samarie) était gouverné par Jeroboam II qui "rétablit les limites d'Israël depuis l'entrée de Hamath jusqu'à la mer de la plaine, selon la parole que l'Eternel(le), le Dieu d'Israël avait prononcé par son serviteur Jonas le prophète" (2 Rois 14:15)

Les éfforts du prophète nationaliste à amener la paix parmi son peuple piégé par un grand schisme religieux, les guerres fratricides, l'occupation et l'exploitation étrangère n'ont eu que de maigresrésultats. Sa tâche est d'autant plus délicate que les leaders politiques ne s'accordent avec lui que sur le point de la souveraineté et de la sécurité térritoriale.

Les éfforts du prophète nationaliste à amener la paix parmi son peuple piégé par un grand schisme religieux, les guerres fratricides, l'occupation et l'exploitation étrangère n'ont eu que de maigres résultats. Sa tâche est d'autant plus délicate que les leaders politiques ne s'accordaient avec lui que sur la question de la souveraineté et de la sécurité territoriale. Avec l’appui de Jonas, Jeroboam II affermit les frontières mais, la culture syrienne et assyrienne résista aux réformes du prophète.

"Le peuple craignait l'Eternel(le) et ils servaient en même temps leurs dieux d'après les coutumes des nations d'où ils avaient été transportés" (2 Rois 17:33).

Sur le plan culturel donc, Jonas n'avait pas vaincu ses ennemis et ceux de son peuple. Nous comprenons donc son refus à aller à Ninive capitale de l'Assyrie pour y prêcher non pas un message d'exclusion des colons en bon nationaliste conservateur qu'il fut, mais un message d'intégration, d'acceptation, d'adoption de tous par le Dieu de tous. En d'autres termes, les barrières tant culturelles que politiques, économiques et religieuses érigées de part et d'autre de la frontière soit au nom de la peur qu'au nom de la vengeance et de la sécurité intérieure ne pouvaient être éfficacement brisées pour une paix durable que par ceux/celles qui les avaient pensé et construit en commençant par les religieux eux-mêmes.

La route de Ninive fut donc pour Jonas, un véritable défi qui lui permit de réfléchir sur les véritables motivations des politiques guerrières de tout bord fussent-elles bénies par la religion. Mais Jonas, se détournent des vraies questions/réponses gênantes. Il n'est pas méconnu dans les faits que, les vraies actions que ce soit dans le domaine du développement, de la santé, de l'égalité et de la paix durable ne sont pas toujours facile à prendre mêmes pour ceux/celles qui travaillent à leur réalisation. Et, ce n'est pas qu'on ne sache pas ce qu'il y a lieu de faire. Le véritable problème c'est le prix qu’un tel engagement coûte et très souvent, personne ne veut se salir les mains encore moins son nom, sa famille, son parti religieux au-delà de la norme personnelle. Nous sommes si accommodés à la guerre et à la violence que la paix devient notre ennemi. Combien confortable est la sécurité que nous donnent les barrières du fondamentalisme religieux et politique; de l'orthodoxie et des titres écclésiastiques; de la théologie myope et du fascisme; l'hétéronorme et de la phallocratie!

On multiplie les rencontres, séminaires et colloques; on se pose toujours la même question depuis des siècle: "Que ferait Jésus à ma place?" Zéro réponse jusque là ne vient. Pourtant rien ne nous dit que Jésus aimerait être à notre place car "cette place" qui est la nôtre et qui est si confortable et non pas "celle de l'autre" l’éternel(le) dévalorisé(e) nous fait faussement croire que nous sommes est meilleurs et par conséquent aptes à juger les autres.

Que ferions-nous si Jésus était à la place de l'autre? Pourquoi doit-il/elle être ici et non ailleurs? La vraie paix il me semble, commence par la volonté et l'engagement à poser les vraies questions et dans le(s) bon(s) sens. Evidemment, les vraies réponses aux vraies questions sont déconcertantes, elles scandalisent et feraient voler en éclat les normes qui déforment et les jetteraient tout simplement au fond de la mer. L'injustice a encore de long jours devant lui parce que, personne ne veut se mouiller.

Pourtant, c'est à partir des eaux fécondes de son imagination créative que l'Eternel(le) sauva Jonas du suicide et traça aussi par elles, un nouvel itnéraire qui partait du construit/artificiel (bateau marchand) vers le naturel/l’original créé (poisson).

En effet, si une grande partie de l'Eglise (toutes tendances confondues) admet que la sexualité humaine n'est pas seulement l'expression de la nature mais aussi construction culturelle, nombreux sont également ceux/celles qui ont encore des problèmes à célébrer cette "sexualité multiforme" comme le don le plus naturel à l'humanité

Les sujets de grands débats qui divisent l'Eglise en ce moment, me font penser qu'elle serait peut-être sur le même itinéraire en ce qui concerne la sexualité humaine en général et l'homosexualité en particulier. En effet, si une grande partie de l'Eglise (toutes tendances confondues) admet que la sexualité humaine n'est pas seulement l'expression de la nature mais aussi construction culturelle, nombreux sont également ceux/celles qui ont encore des problèmes à célébrer cette "sexualité multiforme" comme le don le plus naturel à l'humanité. A part l'hétérosexualité et la chasteté, les autres formes de sexualité sont par l'Eglise soit diabolisées (c'est contre-nature, c’est contre-culture), soit politisées (on aborde le sujet avec délicatesse et souvent avec beaucoup d'hypocrisie, on y va avec des gants), soit alors acceptées (c’est don naturel, c’est construction culturelle, c’est don spirituel). J’espère pour l’Eglise qu’elle sortira de ces débats encore plus fortifiée. La grandeur de l'eau on le sait, c'est justement de couler vers les zones inférieures.

C'est en écoutant les profondeurs et en touchant aux racines de ses montagnes (difficultés) que Jonas a écrit le plus beau poème de sa vie. Pourtant, bien avant, Jonas avait hâtivement déclaré dans sa confession de foi aux marins qu'il croyait au "Dieu qui a fait la mer et la terre" (Jonas 1:9), mais, il n'avait jusque là aucune expérience de la vie aquatique; celle de la Mère-Dieu/ Dieu-Mère dans ses douleurs de l'enfantement. La douleur qu’elle soit le cri de l'âme déchirée ou celui de la Nature abusée trouve une très souvent une réponse dans la prière qui est dialoque avec Dieu mais aussi avec la biosphère. La solidarité dans la protection de l'environnement est prière car le salut n'est parfait que quand il est accessible à tous. Le zèle amer devra céder la place à l'écoute non sélective mais élastique faute de quoi les scandales comme celui du diocèse d'Ebolowa-Kribe se feront légion.

"La lutte contre le VIH/Sida étant à la mode, la Révérende Soeur Marie-Bekono, responsable du dispensaire avait initié un projet ô combien louable pour l'encadrement des malades du VIH/Sida. Ce projet a été signé et approuvé par Mgr. Jean-Baptiste AMA. En Juin dernier, un organisme financier européen a octroyé à soeur Bekono une somme de 12 millions de Fcfa pour son projet [...]. Cela étant, les 12 millions de Fcfa ne sont jamais arrivés chez la Soeur Bekono, responsable du projet. Mgr. Zé en est devenu le bénéficiaire et le décideur! [...] La Soeur Bekono ne lâche pas prise. Bien qu'elle vive actuellement à Messsa/Medong, dans les enclaves de Yaoundé après son départ d'Ebolowa, elle a promis traduire au tribunal civil Mgr. Zé car le tribunal écclésiastique a toujours joué à la politique de l'autruche. Ici, chez les clercs, la loi ne s'applique pas pour les faibles"(Source: Françis Ndzana, Le Front Indépenadant no 188 du 17 Octobre 2002).

Incapables de confronter les grosses baleines de l'Eglise, les populations de Kribi se défoulent sur de vraies baleines à coup de fusil. A Loudji, une localité d'environ 20 km de Kribi, des pêcheurs mal informés sur la législation réglementant les pêches dans notre pays ont abattu une balacuoptera musculus qui, selon les experts est une espèce de baleine en voie de disparition. D'après ces professionnels cette espèce ne compterait plus que 500 individus dans les océans.

Seulement, à Kribi, tout le monde n'est pas ignorant de tout surtout en ce qui concerne les droits des populations autochtones.

"Le 15 Septembre à Washington DC, les communautés camerounaises affectées par la construction du pipeline Tchad-Cameroun ont déposé une plainte contre la compagnie pétrolière Exxon et ses surccursales auprès du panel d'inspections de la Banque Mondiale. La plainte a été fiscelée conjointement avec les Amis de la Terre Internationale et le Centre pour l'Environnement et le Développement (CED/Amis de la Terre Cameroun).

Les plaigants reprochent à la compagnie de violer plusieurs directives de la Banque Mondiale durant la construction de pipeline qui traverse les villages des Bakola, communauté pygmée de la région, et détruit leurs zones de chasse traditionnelle et la bordure forestière [...]. Les populations affectées se plaignent de la pollution des sources eau potable, de destruction des plantations de la forêt et de refus de compensation de certains impacts négatifs des communautés, de violation des droits de travail par le consortium et de l'augmentation des cas de maladies notamment du VIH/Sida, du fait des flux des travailleurs, des chercheurs d'emploi et des prostituées." Pour les populations, "les financements de la BM aux multinationales ont bénéficié au compagnies mais ont aggravé la pauvreté des populations riveraines, ce qui constitue une violation de la mission de la BM de réduire la pauvreté et d'encourager le développement durable." (Source: Edith Abiologo, Bubinga no 60 Octobre 2002)

La solution pour sauver du suicide Jonas (colombe) prit en otage par les lois du profit comportait plusieurs étapes de réconciliation avec la Nature par un changement d'attitude vis-à-vis de celle-ci. Le développement durable est forcément solidaire et communautaire et le contre modèle étant une menace pour la vie la justice et la paix.

Le pillage des ressources halieutiques, la pollution de la nappe phréatique, la gaspillage de l'eau fait de l'eau potable une denrhée de plus en plus rare. En cinquante ans, le volume des eaux polluées s’est multiplié par vingt et cinq.

L'utilisations parcimonieuse des ressources naturelles et surtout de l'eau est l'un des enjeux de notre temps. Le pillage des ressources halieutiques, la pollution de la nappe phréatique, la gaspillage de l'eau fait de l'eau potable une denrhée de plus en plus rare. En cinquante ans, le volume des eaux polluées s’est multiplié par vingt et cinq. Deux milliards de personnes dans les pays sous-développés manquent cruellement d’eau potable.

Le transport maritime devenant de plus en plus intense et la flotte mondiale de plus en plus vieille, les naufrages se multiplient aussi. Le Joola, ferry sénégalais qui reliait la Casamance à Dakar a vomi dans la mer, sur les côtes gambiennes plus de 900 vies humaines. "Les bases de cette catastrophe (et de plusieurs autres du même type), trouvent leur fondement dans nos habitudes de légèreté, de manque de sérieux, d'irresponsabilité, parfois de cupidité lorsqu'on tolère des situations que l'on sait parfaitement dangereuses simplement parce qu'on en tire profit," a déclaré le président Abdoulaye Wade à Frédéric Dorce envoyé spécial de Jeune Afrique Economique (no 345). L’encadré est de moi.

Le Joola vient seulement allonger la liste des naufrages polluant autant par les marées humaines (on se souvient encore du Titanic avec ses 1500 victimes) que les marées noire preuve que le discours ne rejoint pas toujours les actes et la pollution va galopante. L'Atlantic Express (1979) 300 km de côtes souillées en 1978 par Amoco Cadiz. 1980 le pétrolier malgache Tanio fait naufrage. Exxon Vadez (1989), 400km pollués par Erika (1999), 1993 le sous-marin nucléaire d'attaque "Rubis" (120km) pollués. Le Prestige en moment même continue à vomir ses milliers de tonnes de fioul sur les côtes espagnoles. Chaque année c'est des milliers de tonnes de carbures sont déversés dans la mer et c'est la vie aquatique et le rivage qui en souffrent le plus.

Nous avons donc tout à envier à Ninive parce que ‘le produit’ qui devait être vomi sur son rivage n’était ni polluant ni pollueur. Avant que la bouche du poisson ne s’ouvre, Jonas avait eu le temps de faire de vaincre son agressivité en se débarrassant dans un premier des idées et attitudes dépressives. Ensuite en clamant et s’appropriant une vieille vérité mais toujours nouvelle parce que vivifiante: l’infaillibilité, l’inconditionnalité du Divin Amour pour l’humanité. "Je disais, je suis chassé loin de ton regard! Mais, je regarderai encore ton saint temple" (v5).

Parfois, un seul regard ne suffit pas. Il peut même nous détourner de la vraie communion. Osons regarder et regarder encore. Osons parler et parler encore. Osons rêver et rêver encore. Osons crier et crier encore jusqu’à ce que toutes les Nations prennent conscience de leurs responsabilités respectives dans la construction d’un meilleur monde de justice, de paix et de développement durable et ce sera l’hymne d’actions de grâces de l’Humanité.

J’aimerais ici remercier en ce mois d'anniversaire certaines personnes qui m'ont aidées à trouver le port et quant il m’a semblé inaccessible, elles ont su être de belles plages où il a toujours été bon se reposer. Cathia, j'aimerais te remercier pour ton amour et ta patience. Bryan, tu resteras un Grand coeur pour moi, Sylvie les Anges portent le même sourire que toi. Des remerciements spéciaux à Ethan Flad et l’équipe de AGW qui travaillent dur pour publier mes articles. Coucou à tous; vous m’êtes si cher(e)s.

Sybille Ngo Nyeck contribue régulièrement sur la colonne Les couleurs de la Conscience. Elle peut être contactée à l'adresse suivante: sybeck77@yahoo.fr