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Au-delà des Frontières de l'Imaginaire
par Sybille Ngo Nyeck

La parole de l’Eternel fut adressée à Jonas, fils d’Amitthaï, en ces mots: Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et crie contre elle ! car sa méchanceté est montée jusqu’à moi. Et Jonas se leva pour s’enfuir à Tarsis, loin de la face de l’Eternel(le). Il descendit à Japho, et il trouva un navire qui allait à Tarsis; il paya le prix du transport, et s’embarqua pour aller avec les passagers à Tarsis, loin de la face de l’Eternel(le). Mais l’Eternel fit souffler un vent impétueux, et il s’éleva sur la mer une grande tempête. Le navire menaçait de faire naufrage. Les mariniers eurent peur, ils implorèrent chacun leur dieu, et ils jetèrent dans la mer les objets qui étaient sur le navire, afin de se la rendre plus léger. Jonas descendit au fond du navire, se couche et s’endormit. Le pilote s’approcha de lui, et lui dit: ´ Pourquoi dors-tu? Lève-toi, invoque, invoque ton Dieu! Peut-être voudra-t-il penser à nous, et nous ne périront pas. ª Et ils se dirent l’un et l’autre: ´ Venez, et tirons au sort, pour savoir qui nous attire ce malheur. ª Il tirèrent au sort, et le sort tomba sur Jonas. Alors, ils lui dirent: ´ Dis-nous qui nous attire ce malheur. Quelles sont tes affaires, et d’où viens-tu? Quel est ton pays, et de quel peuple es-tu? ª Ils leur répondit: ´ Je suis Hébreu, et je crains l’Eternel, le Dieu des cieux, qui a fait la mer et la terre. ª (Jonas 1 :1-9)

Parmi les figures qui hantent la révélation apocalyptique de Jean, il y a celle de la Bête qui naît des entrailles de la mer, (Apocalypse 13:1-10) et celles de la terre (Apocalypse 13:11-18). L'étude de l'écriture Johannique riche en allégories, démontre à quel point l'auteur de cette lettre s'intéressait aux mouvements de l'Histoire et de ses monstres souvent habillés en peau d'ange.

La Bête qui sort des entrailles de la mer est remplie de puissance et d'autorité. Elle est arrogante blasphématrice et son autorité s'étend sur les nations. Le plus surprenant est qu'elle reste insensible à tout; même à ses propres blessures. Elle s’en fout tout simplement.

"Ce village planétaire dont on parle n'est vrai que pour la finance. Des milliards de dollars, de marks ou de yens traversent les océans à la vitesse de la lumière s'en vont, s'en viennent, s'investissent, se désinvestissent, indifférents aux remous qu'ils provoquent. Ils ne correspondent plus au paiement des marchandises ni à des investissements réels, mais à une pure spéculation, à la recherche de meilleures opportunités financières."

La deuxième Bête qui sort des entrailles de la terre est un Dragon qui a bâtit son trône par sa force de persuasion et de duperie. Cette bête monstrueuse de l'apocalypse est une défenseuse de la ségrégation humaine et de l'étiquetage social. "Elle fit que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves reçussent une marque sur leur main droite ou sur leur front et que personne ne pût acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la bête ou le nombre de son nom" (Apocalypse 13:16-17). Ce marquage sur le bras me fait penser à l'usurpation de la force manuelle; de la robotisation des travailleurs. L'étiquetage frontal quant à lui, je le situe dans le domaine de la manipulation des idées; de l'information et du calcul. La politique dictatoriale du dragon a institutionnalisée dans cette vision de Jean, le règne de la terreur.

Sous le règne bestial, la masse économiquement agressée dans ce système peut bêler le plus longtemps possible, la bêtise érigée en système continue son bonhomme de chemin au grand dam de la famille sociale jadis si réelle. Le scandale c'est que dans ce royaume de la bêtise, on a donné le primat à l'argent, à la couleur de la peau, à la nationalité, au genre, à l'orientation sexuelle, à l'âge, au régime matrimonial…etc. sur la personne humaine. "Ce village planétaire dont on parle n'est vrai que pour la finance. Des milliards de dollars, de marks ou de yens traversent les océans à la vitesse de la lumière s'en vont, s'en viennent, s'investissent, se désinvestissent, indifférents aux remous qu'ils provoquent. Ils ne correspondent plus au paiement des marchandises ni à des investissements réels, mais à une pure spéculation, à la recherche de meilleures opportunités financières. C'est l'économie-casino qui se coupe de l'économie productrice et réalise ses gains en jouant sur des symboles et en faisant des paris" (François de Closets, Le compte à rebours, Fayard, 1998, p187).

La situation de notre monde actuel n’est pas très différente de celle de Ninive. La misère et les frustrations du huitième monde décourage presque. Les Etats vassaux, croulant sous le diktat des institutions de Bretton Woods ont baissés leur culotte. Sur les eaux houleuses de la misère humaine, naviguent les bateaux de l’économie marchande. La mondialisation se confortant de plus en plus par les progrès techniques. La bêtise continue à polluer et à piller les fonds marins. En même temps, on constate aussi, l’émergence d’une classe politico-intellectuelle de "bien-pensants;" des capitaines unilatéraux civilisateurs, qui définissent les "axes" et fixent le cap. La bestialité politique/économique est blasphématoire parce que ses capitaines utilisent un langage théologo-théophanic pour justifier/diviniser l’injustifiable l’objectif étant toujours de s’éloigner le plus loin possible du rivage de la réalité/vérité.

Des vents contraires s’élèvent de partout dans le monde pour protester contre de le sens de ce "mouvement" de guerre préventive stratégique parce qu’elle prétend solutionner les problèmes fictifs et réels en s’attaquant aux conséquences plutôt qu’aux racines.

Puisque comme Jonas, nous persistons dans la fuite individuelle et collective, les barons de l’anarchie politique, économique, sociale et culturelle en profitent pour damer le pion à toute tentative de conscientisation des peuples. Des vents contraires s’élèvent de partout dans le monde pour protester contre de le sens de ce "mouvement" de guerre préventive stratégique parce qu’elle prétend solutionner les problèmes fictifs et réels en s’attaquant aux conséquences plutôt qu’aux racines.

Sur cette route du Commerce et de la robotisation de la vie, de l’arrogance des politiques et des technocrates, du profit tout azimut, les capitaines procèdent par anticipation en se choisissant des ennemis et des problèmes. "L’axe du Bien" préconise qu’on se débarrasse de tout ce qui pourrait ralentir le voyage vers les paradis totalitaires. Plus léger le bateau sera, plus les puissants conforteront leur autorité.

Les Nations Unies, l’OMC, le FMI et la Banque Mondiale ne sont-elles pas en ce qui concerne le droit de véto des organisations de "super puissances unies," les autres nations n’étant que des figurantes? "Quand il y va de leurs intérêts, les puissants de ce monde érigent les causes de nos maux en solutions, confisquent les ressources financières, et même trichent en définissant entre eux les règles du jeu. La faim — qui affecte 800 millions de personnes dans le monde dont une majorité d’africain(e)s — lance, plus que jamais, un défi aux tenants du discours sur le développement durable. La pandémie du Sida, en train de décimer les populations du continent alors qu’elle pourrait être endiguée, leur en lance un autre, visant également les élites africaines qui continuent de se tromper de type de partenariat." (Aminata D. Traoré, Le Monde Diplomatique, Sept. 2002). Jonas se trompait aussi de type de partenariat, tout comme nous aujourd’hui, quand nous considérons que, l’ennemi de l’or est l’orfèvre, celui du cuivre le mineur. On a même réussi à retourner l’agriculture contre l’agriculteur.

Avant l’invention de la machine à vapeur et de la boussole, les femmes/ hommes naviguaient et s’orientaient par les étoiles, la lune, le soleil, les vagues. Le développement durable pour les ancien(ne)s, était synonyme de respect de la Création/Environnement dans l’harmonie originelle de ses forces équilibrées. Aujourd’hui, le capitalisme inhumain ne s’intéresse qu’au calcul et marque de mépris les pauvres, les non-qualifié(e)s qui sont purement et simplement jeté(e)s par-dessus bord sans aucune forme de procès. "Les malades non solvables sont en effet condamnés à mourir. La survie passe par la débrouillardise, le travail des enfants, le surcroît du travail des femmes, la mendicité, la prostitution (en dépit du sida), les vols, les crimes de sang…" (Aminata D. Traoré, Op. cit., p28).

Finalement, Jonas doit renoncer à son projet d’exil. Il était dans ce bateau l’immigré clandestin, le bouc émissaire de tous les malheurs. Le pilote du bateau xénophobe n’hésite pas à venir le chercher dans la "cave." Le clandestin inquiète; même dans le sommeil, son fantôme terrorise. Quand ils/elles ne sont pas prostitué(e)s, les clandestins deviennent aux yeux des politiques sorcières/xénophobes et racistes, une menace pour la paix, l’emploi etc. Le message est donc clair pour Jonas: les droits universels de l’Homme et surtout ceux de la Femme sont devenus dans cet empire de tricherie durable caducs au nom de la sécurité. Peu importe ce que Jonas pense, sa race, sa culture, son statut matrimonial, sa religion, en somme, ses "affaires" ne seront jamais crédibles pour que le "capitaine" lui délivre un visa très court séjour sur ce bateau.

"Ils prirent Jonas, et le jetèrent dans la mer. Et la fureur de la mer s’apaisa" (v15).

Bienvenu, Jonas, au delà-des frontières de l’imaginaire. Bienvenu dans l’abîme plus près de la face de l’Eternel(le).

Sybille Ngo Nyeck contribue régulièrement sur la colonne Les couleurs de la Conscience. Elle peut être contactée à l'adresse suivante: sybeck77@yahoo.fr