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Entre Terre et Ciel: Pour une Nouvelle Spiritualité de la Femme (Africaine)
par Sybille Ngo Nyeck

St. Bartholomew’s Church, New York City

Dimanche, 1er Juin à 13 heures.

"J’ai rencontré de braves femmes qui explorent les frontières des possibilités humaines, n’ayant aucune histoire pour référence juste le courage de se rendre vulnérables ce que j’ai trouvé extraordinaire au-delà des mots." Gloria Steinem

L’ange qui me parlait s’avança et me dit: "Lève donc les yeux et regarde ce qu’est cette chose qui s’avance." Et je dis: "Qu’est-elle?" Il dit: "C’est un Boisseau (‘Boisseau’ en majuscule parce que plein de sens pour une approche feminine vivifiante de la spiritualite et de ce texte en particulier) qui s’avance." Il ajouta: "C’est leur iniquité, dans tout le pays." Et voici qu’un disque de plomb se souleva; et je vis une Femme istallée à l’intérieur du Boisseau. Il dit: "C’est la Malice." Et il la repoussa à l’intérieur du boisseau et jeta sur l’orifice la masse de plomb. Levant les yeux, j’eus une vision. Voici que deux femmes parurent. Le vent soufflait dans leurs ailes; elles avaient des ailes comme celles d’une cigogne, elles enlevèrent le Boisseau entre terre et ciel. Je dis alors à l’ange qui me parlait: Où celles-ci emportent-elles le Boisseau?" Il me répondit: "Elles vont lui bâtir un temple dans la terre de Shinear, et lui préparer un socle, où elles la placeront." Zacharie 5 :5-11.

C’est ma deuxième visite aux États-Unis. Je suis venue ici pour la première fois dans le cadre d’une visite aux couvents de l’Ordre de Ste Hélène. J’ai habité avec les sœurs et chaque jour était merveilleux. J’ai été impressionnée par leurs progrès dans le travail d’actualisation de la vie monastique dans un monde qui se veut moderne. Au couvant de New York City, j’ai rencontré une femme formidable. Je suis presque tentée de l’appeler "Sœur ballerine" à cause sa passion pour les chaussures. Mais, elle avait plus à faire que de porter de belles chaussures; en suivant ses pas j’ai abouti dans cette Église ou elle était (et est encore) chargée des sans domicile fixe. J’ai passé une nuit de samedi dans cette Église avec elle et "nos" frères et sœurs de la rue.

Ce fut pour moi l’occasion de rencontrer ses ami(e)s de la rue avec qui je me suis entretenue longuement pendant le souper. J’ai pu parler avec une femme qui apparemment avait beaucoup de problèmes avec la drogue.

"Hey! Jeune femme que viens-tu chercher dans ce pays ?"

"Je visite les couvents de l’Ordre de Ste Hélène."

"Je présume que tu veux devenir nonne. Je me demande bien quel diable attire les femmes dans ces fameux endroits?"

À ce moment, j’ai réalisé que je me trouvais face à d'une femme qui ne s’embarrassait pas de mordre la main qui la nourrissait. Aucunement surprise par son attitude j’ai répondu: "Je pense que c’est la puissance de souvenir que nous communique la Conscience Cosmique qui est responsable de cette attirance. Ça doit être quelque chose qui célèbre la Beauté de la Création sans jamais oublier ses souffrances."

Elle m’avais regardé avec étonnement; bu sa dernière goutte de café puis s’en était allée se coucher sans mot dire.

Comment la Conscience Cosmique dessine t-elle la spiritualité féminine (Africaine)?

"Le Seigneur se souvient" c’est la signification du nom Zacharie dont le ministère a commencé avec le retour d’Israël de l’Exil à Babylone. Jérusalem était dans un processus de rétablissement de son identité de ville vivante et d’adoration. Zacharie était donc zélé à ressusciter l’ordre social et religieux à Jérusalem. Ses visions de la "purification divine" de Jérusalem sont contenues dans les six premiers chapitres de son livre. Dans la vision du Boisseau, "la Malice" est symboliquement enlevée de Juda pour Shinear (Babylone) o les juifs avaient soufferts. Du point de vue de la prophétie patriarcale, Babylone est connue comme le centre du monde païen o les fausses déesses avaient érigé leurs temples.

Dans la Bible, le peuple est souvent dans sa relation avec Dieu appelé des noms féminins. Cela va sans surprise que l’infidélité du peuple soit aussi décrite en des termes féminins. Ceci s’avère être une façon d’illustrer la malice des hommes et des femmes. Le Boisseau littéralement "l’Épha" servait de table de mesure à la fin du volume pour des matières sèches telles que la farine ainsi que notre "Boisseau." L’immensité du panier illustre l’immensité du "péché" et la nécessité de le maintenir hors des frontières.

Vu sur un autre angle, un sens différent peut être donné à dessein à la vision du Boisseau.

Le patriarcat a très souvent fait que le mot "femme" ne renvoie qu’au particulier et non au général. Les exceptions à cette règle s’appliquent seulement si le mot "femme" est directement ou indirectement relié au péché, à l’impureté, au paganisme, à l’injustice, à la saleté, à la folie, à la rébellion, à l’idiotie. Les implications sont graves et affectent puissament le traitement des femmes dans la société.

La marginalisation des femmes pour la sécurité présente et future est au cœur de tous les règlements internes des religions et cultures patriarcales. L’inceste, le viol, la violence physique sur les femmes, l’excision, l’infibulation, l’absence de contrôle de la sexualité/maternité sont le lot quotidien de la Femme Africaine.

Dans la religion, le patriarcat a identifié les femmes comme des instruments symboliques et réels de la malice. La marginalisation des femmes pour la sécurité présente et future est au cœur de tous les règlements internes des religions et cultures patriarcales. L’inceste, le viol, la violence physique sur les femmes, l’excision, l’infibulation, l’absence de contrôle de la sexualité/maternité sont le lot quotidien de la Femme Africaine.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les femmes sont victimes de mutilations génitales dans au moins 28 pays en Afrique.

Les mutilations génitales désignent toutes les interventions aboutissant à une ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme et toute autre mutilation de ces organes pratiquée pour des raisons culturelles ou autres et non à des fins thérapeutiques.

Les anciens pensaient ainsi séparer le masculin du féminin. Les Bambaras et les Dogons du Mali pensaient que les êtres humains naissent hermaphrodites et l’excision et l’infibulation servaient à des fins de normalisation/rééquilibrage de l’hermaphrodite. La croyance moderne est que les mutilations génitales féminines protègent contre le dangereux clitoris supposé être une cause d’impuissance ou de stérilité pour l’homme.

Cette guerre préventive contre les organes génitaux féminins a aussi pour but de décourager toute tentative d’infidélité des femmes polygames ou monogames envers leur partenaire masculin. Certains hommes soutiennent la thèse de l’origine divine des mutilations sexuelles féminines mais la vérité est que ni la Bible, ni le Coran ne les prescrivent comme méthodes de contrôle des femmes. Pourtant, l’excision est pratiquée parmi les Chrétiens, Musulmans et Animistes dans les régions d’Afrique.

À côté de l’excuse religieuse, certaines personnes pensent que l’excision aide à laver et à purifier les femmes de leurs "sales organes." Le clitoris est redoutable.

Le nombre des jeunes filles et des femmes excisées est estimé entre 100 et 140 million. On estime que chaque année s’ajoutent 2 millions de jeunes filles qui risquent d’être sexuellement mutilées.

Les conséquences sur les jeunes filles et sur les femmes sont dévastatrices. La douleur, la peur, l’hémorragie, la frigidité, les troubles psychologiques, le VIH/SIDA, la dépression, etc.…Le nombre des jeunes filles et des femmes excisées est estimé entre 100 et 140 million. On estime que chaque année s’ajoutent 2 millions de jeunes filles qui risquent d’être sexuellement mutilées.

L’ironie est que ce sont les femmes (très souvent les veilles femmes) qui sont chargées d’enlever la "Malice clitoridienne" des jeunes filles victimisées par le patriarcat.

Selon Amnesty International 20% des femmes au Cameroun sont victimes de mutilations génitales dans les provinces de l’Extrême-Nord et du Sud-Ouest. Présentement, il n’existe pas de loi spécifique interdisant les mutilations génitales féminines au Cameroun. Mais, depuis 1992 la branche Camerounaise du Comité InterAfricain pour l’Abolition des Mutilations sexuelles féminines (CI-AF), travaille en collaboration avec le gouvernement pour sensibiliser la population sur ce sujet.

Malgré tout ceci, la Femme Africaine est restée forte et pleine d’énergie, de passion et de compassion. Elle est la nourrice, la ménagère, l’épouse de son mari et de sa famille. L’Épha par lequel elle est mesurée et louée est celui qui la maintient dans l’invisibilité dans l’aridité patriarcale stérile à toute forme de créativité égalitaire.

La nouvelle Femme Africaine est aussi rebelle parce que fatiguée de se maintenir dans les limites à elle imposées par le patriarcat. Elle est célibataire ou mariée; hétérosexuelle ou lesbienne ou bisexuelle; chamane et guérisseuse; Chrétienne, Musulmane ou Animiste. Elle vient du futur et appartient au passé. Elle est source de vie et son réveil est redouté par les structures d’oppression qui essayent de la museler avant même qu’elle n’ait poussé son premier cri. Le patriarcat ne cesse de lui répéter qu’elle:

  • Ne devrait jamais s’identifier comme lesbienne. Aucune Femme Africaine ne peut être lesbienne à moins d’être sorcière.

  • Ne devrait pas dénoncer l’inceste. L’homosexualité comme l’inceste sont des perversions de la race blanche.

  • Devrait éviter de parler de l’excision. Elle doit l’accepter comme contrepartie de la circoncision masculine. Seulement, aucun phallus n’est sectionné pendant la circoncision alors que les femmes payent de leur clitoris le prix de l’excision. Elle ne devrait surtout pas rendre visible la barbarie patriarcale même quant il enterre vivantes les femmes adultères.

  • Ne devrait pas faire autant de bruit autour du planning familial. Les enfants sont devenus une très grande ressource pour les guerres.

  • Ne devrait pas trop s’inquiéter de son éducation. Le mariage est un raccourci pour le paradis. etc.…

Mais pour les Femmes, il y a de l’espoir.

La première bonne nouvelle est que la prétendue "Malice" incarnée dans la gent féminine dans les mythologies et les visions phalliques ne peut pas être tuée (le patriarcat n’a pas ce pouvoir), elle ne peut qu’être maudite ou exilée.

Depuis la Genèse, nous lisons :

Alors Yahvé Dieu dit au serpent: "Parce que tu as fait cela, maudit sois-tu entre tous les bestiaux et toutes les bêtes sauvages…" (Gen 3 :14).

Les contes de ma tribu rendent "visible" en période de pleine lune une femme courbée dans la lune (en réalité elle est emprisonnée), elle porte un bébé sur son dos et sur sa tête est posé un gros fagot de bois. Cette position est le châtiment qu’elle aurait reçu pour avoir désobéi un jour de Sabbat.

Dans les visions de Zacharie, la femme au lieu d’être celle qui mesure est plutôt l’objet pesé et mesuré. Elle est emprisonnée dans son propre panier de ménage! Le patriarcat tend à rendre frustrant pour les femmes, tout ce qui est susceptible d’être pour elles une source de vie, d’inspiration et d’illumination. Le Serpent, la Lune, le Boisseau, la menstruation, la gestation, les organes de reproduction féminins, le célibat, l’hétérosexualité et l’homosexualité. Que la Terre sois bénie! Le silence de la Femme Africaine s’est révélé être de très loin synonyme de capitulation; de résignation mais plutôt une prière qui très souvent a aidé et fortifié les femmes muselées par la religion et la société. Nous célébrons les femmes comme Anne (I Samuel 1) qui a positivement changé l’histoire de sa communauté par le soupir. Anne était stérile et sa rivale (elle était dans un mariage polygame) lui faisait aussi des affronts pour la mettre en colère. Anne pleura et resta sans manger. Dans l’amertume de son âme, elle pria Dieu et pleura beaucoup. Elle parlait tout bas ; ses lèvres remuaient mais on n’entendait pas sa voix. Eli le prêtre passa par là et cru qu’elle était saoul et lui fit des reproches. Mais Anne répondit ainsi: "Je ne suis qu’une femme affligée, je n’ai bu ni vin ni boisson fermentée, j’épanche mon âme devant Dieu. Ne juge pas ta servante comme une vaurienne: c’est par excès de peine et de dépit que j’ai parlé jusqu'à maintenant." La fin de l’histoire est qu’elle a finalement été soulagée et a mis fin aux lamentations. Ses prières ont été exaucées et elle s’est trouvée enceinte. De sa grossesse est né le prophète Samuel.

J’ai très souvent pensé que, tous les mystères de la vie étaient contenus entre l’inspiration et l’expiration. La Mère Nature connaît la Respiration Cosmique.

La seconde bonne nouvelle est que, peu importe notre degré de conscience — d’inconscience — la Création reste toujours en mouvement comme les Femmes. Que le Ciel sois béni! Le mouvement n’est pas régressif mais plutôt progressif et gagne de l’altitude.

"C’est un Boisseau qui s’avance" a répondu l’ange à Zacharie!! ("Boisseau" en majuscule parce que plein de sens pour une approche féminine vivifiante de la spiritualité et de ce texte en particulier.)

Nous progressons:

  • Horizontalement pour l’égalité entre hommes et femmes
  • En hauteur pour la paix et la communion avec la Création
  • Horizontalement pour la vie et la santé de la biosphère. Horizontalement pour un développement durable.
  • En hauteur pour porter l’écho de la Justice sur la terre des vivants.
  • Horizontalement pour porter de nouvelles icônes de vie spirituelle sociale et culturelle abondante.

La soif de la Justice nous donne des ailes qui sont la Communication et la Liberté. La soif de la Justice connecte les Femmes à leur Origine qui est la Vérité Originelle sur elles.

La spiritualité de la Femme Africaine parle de santé Globale. Elle s’élève et s'abaisse non pour confondre et disperser mais, pour guérir les blessé(e)s.

Là où nos craintes et luttes rencontrent notre Capacité Originelle Infinie là se trouve "notre centre de gravité duquel nous pouvons regarder le monde et affirmer notre identité (Mary Condren, The Serpent and the Goddess - Religion and power in Celtic Ireland, Harper & Row Publishers Inc, 1989)." La spiritualité de la Femme Africaine parle de santé Globale. Elle s’élève et s'abaisse non pour confondre et disperser mais, pour guérir les blessé(e)s.

Sur le territoire de Shinear où la femme dans le panier a été envoyée se trouvent les ruines de la Tour de Babel, le premier centre culturel mondial qui avait été détruite par la malice de la suspicion. Sur le même terrain où l’humanité a été confuse, abusée et dispersée, là femme se tient. Elle se tient sur les débris "Ground Zero" de Babel brisée. Elle y reconstruira un nouveau temple d’Amour. Renommer et re-créer est un volet important de son ministère.

"Le Seigneur se souvient" et la Femme aussi. Son nid Originel est la Liberté. Elle se souviendra toujours du temps de l’exil au royaume du patriarcat, du sexisme, du racisme, de homo /lesbo-phobie, de la pauvreté et des guerres.

En ce jour:

Mère Afrique se lèvera de sa base et criera au Monde: Regardez ce qu’ils ont fait à mes grandes tours le Libéria et l’Éthiopie (Il s’agit des deux Nations Africaines qui n’ont pas connues la colonization etrangeres en Afrique). Partout c’est la confusion; le meurtre; la violence; les viols. Regardez ce que la guerre civile a fait à la Côte d’Ivoire, au Congo, au Rwanda. Regardez ce que le terrorisme fait à l’Algérie à l’économie Kenyane. Regardez ce le VIH/SIDA fait à mes enfants d’Afrique du Sud.

Mère Amérique se lèvera de sa base et criera au Monde: Souvenez-vous de mes enfants bombardés à Oklahoma City; Souvenez-vous de ceux du World Trade Center (WTC) sans oublier ce qu’on tue tous les jours dans les écoles. Regardez ce que les drogues font à mes enfants.

Mère Irak se lèvera de sa base et criera au Monde: Regardez ce qu’ils ont fait à mes musées. Mes icônes ont été volées et bombarbées.

Mère Israël; Mère Palestine; toutes les Mères et Mère Nature se lèveront

pour leurs enfants et feront écho de la souffrance humaine. Le réveil d’une spiritualité féminine va bien au-delà des considérations genres et embrasse toute la Création dans l’Amour Cosmique. La joie comme la souffrance rendent tous les peuples semblables.

C’est le seul endroit dans la Bible qui laisse voir les femmes avec des ailes. Les anges mâles quant ils parlent aux femmes, ils ne leur parlent jamais de politique, d’économie, de leadership ou de sciences.

Ailée elle est non comme un ange mais comme une cigogne. Intentionnellement le scribe nous met en garde contre toute tentative d’imagination fantasmagorique qui donnerait aux "les ailes" de femmes des prérogatives angéliques. C’est le seul endroit dans la Bible qui laisse voir les femmes avec des ailes. Les anges mâles quant ils parlent aux femmes, ils ne leur parlent jamais de politique, d’économie, de leadership ou de sciences. Chaque fois qu’une rencontre a eu lieu entre une femme et un ange, l’ange lui annonce toujours une nouvelle maternité exception faite de Marie de Magdalène à qui un ange a parlé du Christ ressuscité.

"Il n’est pas ici. La tombe (ventre de la Terre Mère) est vide! Christ a été avorté par la Mère Mort ! (pourquoi pas par les mères mortes/mourantes?)"

Ailée elle est non comme un ange mais comme une cigogne. Il semblerait que dans ce pays, les familles disent que les bébés sont portés par une cigogne. Ces familles visualisent la poche au cou de la cigogne comme son utérus. La Femme Africaine et toutes les Femmes dans leurs mouvements ne s'attribuent aucune perfection seule la croissance de leurs ailes est très significative pour elles.

Ailée non pas comme un ange mais comme une cigogne. Elle n’est pas parfaite mais désire vivre la plénitude de l’amour en Dieu(e). Justice et Paix sont ses ailes. Prenons garde de ne pas briser ses petites pattes. Amen.

Sybille Ngo Nyeck contribue régulièrement sur la colonne Les couleurs de la Conscience. Elle peut être contactée à l'adresse suivante: sybeck77@yahoo.fr