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Être ou Ne Pas Être Lesbienne: Le Dilemme des Footballeuses Camerounaises.Par Sybille Ngo NyeckLa coupe du Monde de football version Femmes vient de se terminer avec la victoire de l'Allemagne sur la Suède 2-1. Les équipes Africaines participantes le Ghana et le Nigéria ont fermé la queue de leur groupe respectif. La grande surprise de cette coupe du Monde de football version Femmes, en ce qui concerne l'Afrique a toujours été l'absence du Cameroun éliminé cette fois par le Nigéria en coupe d'Afrique de Nations. En tant que leader du football en Afrique, le Cameroun n'a malheureusement pas encore réussi avec ses footballeuses à s'imposer sur la scène internationale. Le présent dialogue nous aide à comprendre pourquoi. L'interviewée a requis l'anonymat nous l'appellerons "Hoka H.". S. N. Nyeck: Hoka H. quelle experience avez-vous du football féminin au Cameroun? Hoka H.: J'ai passé environ 15 ans dans le football féminin au Cameroun comme joueuse. S. N. Nyeck: Le Cameroun n'a pas participé à la coupe du Monde de football féminin 2003. Quelles sont les raisons de cette absence? Hoka H.: Le Cameroun a occupé la troisième place en coupe d'Afrique des nations de football. Seules la première et la deuxième équipe étaient qualifiées pour la phase finale de la coupe du monde. S. N. Nyeck: Pensez-vous que les camerounaises avaient les moyens de faire mieux? Si oui, pourquoi les footballeuses du Cameroun ne font-elles pas autant que les hommes si non mieux qu'eux sur la scène internationale? Hoka H.: À mon avis, il faut d'abord une bonne organisation du championat national ce qui n'est pas le cas. En plus, il faut donner un bon temps de préparation au niveau de l'équipe nationale (généralement le temps de préparation ici est de deux semaines et souvent sans rencontres amicales).Je voudrais noter en passant que, le Cameroun ne dispose d'aucun centre de formation pour les filles et, à bien regarder comment les choses se déroulent ici, un tel projet n'existe pas encore dans les esprits. Et poutant, le Cameroun regorge de talents autant chez les femmes (faire troisième à la CAN n'est pas déjà mauvais)que chez les hommes. Il faut également dénonçer les pays organisateurs qui mettent tous les moyens (pas toujours catholiques) en oeuvre pour rester leader en Afrique. S. N. Nyeck: Qu'entendez-vous par "moyens pas très catholiques?" Hoka H.: Quand je parle de moyens pas très catholiques, je fais allusion au traitement reservé aux équipes en compétition. Par exemple, l'alimentation des joueuses n'est pas toujours contrôlée. Au niveau technique, les arbitres sont choisis de façon à ce que les résultats des rencontres soient fauchés. Parfois les équipes sont logées à plus d'une heure de route des stades abritant les rencontres etc S. N. Nyeck: Comment se fait le recrutement des filles au niveau des clubs locaux? Quelles sont les clauses du contrat? Hoka H.: Le recrutement des filles se fait par les joueuses c'est-à-dire que, si dans mon quartier je vois une fille qui joue bien au ballon, je peux me proposer de l'introduire dans mon club et la fille rentre donc en contact avec le championat. Les encadreurs procèdent de la même façon. Ceux-ci passent parfois dans les établissements scolaires à la recherche du "produit" et pour ce faire, ils sont guidés par les professeurs d'éducation physique et sportive. Parfois, quand elles sentent qu'elles peuvent jouer, les filles viennent en personne proposer leurs services aux clubs. Ici, il n'y a pas de méthode standard de recrutement. Le contrat ne représente pas grand-chose, il faut souligner que le revenu des clubs est très maigre. Pour celles qui reçoivent un peu d'argent à la signature le taux varie entre 20.000 fcfa et 100.000 fcfa. Pour les entraînements, elles reçoivent juste de quoi payer le déplacement entre le domicile et le terrain de football (une modique somme qui varie entre 300fcfa et 500fcfa). Chaque signature lie la joueuse à son club pour 2 ans. Le contract ne specifie pas qu'elle devra rendre des comptes sur sa vie privée. Au Cameroun, il suffit d'être soupçonnée d'être lesbienne pour que la place à l'équipe nationale devienne hypothéquée On vient à se demander si le fait d'être homosexuelle change quelque chose à la performance d'une sportive. S. N. Nyeck: Que se passe-t-il au niveau de la sélection nationale? Hoka H.: Au niveau national, on pré-selectionne les joueuses pendant le championat et si le Cameroun est sollicité pour une compétition, on organise un regroupement de deux semaines après lesquelles une équipe finale est retenue. Mais, les choses ne se passent pas souvent aussi simplement parcequ'il y a une catégorie de filles qui font les frais d'un chantage regrettable. Au Cameroun, il suffit d'être soupçonnée d'être lesbienne pour que la place à l'équipe nationale devienne hypothéquée (ceci est vrai pour l'équipe nationale et les clubs où les lesbiennes sont sérieusement menacées). On vient à se demander si le fait d'être homosexuelle change quelque chose à la performance d'une sportive. S. N. Nyeck: Les footballeuses camerounaises sont-elles simplement soupconnées d'être des lesbiennes ou le sont-elles vraiment? Hoka H.: Les homosexuelles se trouvent partout au Cameroun. Il n'y a pas de milieu spécifique à elles.Elles sont dans toutes les couches sociales :les affaires, le petit commerce, la politique, le sport, l'école bref partout. Les femmes vivent leur vie et se sentent bien comme elles sont. Elles ne sont pas forcément militantes ou trop visibles parce que notre société est très loin d'accepter les homos. S. N. Nyeck: Quelle est à votre avis l'impact de la discrimination des femmes soupçonnées d'être lesbiennes sur le rendement des équipes au niveau national et plus particulièrement à l'échelle internationale? Hoka H.: Sans hésiter je vais vous répondre en disant que les lesbiennes soupçonnées ou vraies sont dans tous les clubs du Cameroun victimes de toutes sortes de discriminations. Les dirigeants des clubs se sont même fixer pour objectif de les faire partir des clubs ou, par tous les moyens, les faire "changer". Les filles elles-mêmes ne se plaignent pas de l'homosexualité féminine. Il n'est pas rare que les dirigeants des clubs harcèlent sexuellement les footballeuses. Aller au lit avec les dirigeants ou les membres ou encore se lier publiquement d'amitié avec un homme est souvent un moyen pour les filles d'éviter le chantage et la victimisation liée à l'homosexualité. Je crois que la politique discriminatoire nous fait perdre beaucoup de talents. Les cas de violence sont très fréquents. Je prendrai l'exemple du cas de viol de deux footballeuses au quartier Mfandena à Yaoundé. Je n'ai pas vu un seul président de club ému par ce drame. Même les dirigeants du club auquel elles appartenaient ont fait la sourde oreille. Les voisins n'ont pas levé le petit doigt (je me demande si ce n'était pas un coup monté!). Il n'est pas rare que les dirigeants des clubs harcèlent sexuellement les footballeuses. Aller au lit avec les dirigeants ou les membres ou encore se lier publiquement d'amitié avec un homme est souvent un moyen pour les filles d'éviter le chantage et la victimisation liée à l'homosexualité. Je crois que la politique discriminatoire nous fait perdre beaucoup de talents. Certaines filles sont abusées de cette manière soit par les dirigeants, soit par les membres des clubs et, quand elles tombent anceintes, les mêmes dirigeants les aident à se faire avorter(par les moyens parfois les plus archaïques)de peur de perdre une joueuse. D'autre part, les filles sont espionnées (après le match; pendant les entraînements; en boite de nuit; à l'école bref partout). Certains garçons sont montés pour faire la cour aux filles et dans le cas où ça ne marche pas, elles sont souvent agressées par ceux-ci. Ces menaces atteignent parfois les familles et, la vie en famille devient de ce fait un calvaire.
S. N. Nyeck: À qui se plaignent-elles quand elles sont victimes de traitements discriminatoires? Hoka H.: En ce qui concerne l'homosexualité, elles ne peuvent se plaindre à personne puisque la loi ici criminalise la pratique de l'homosexualité. En ce qui concerne les abus d'autorité et les abus sexuels, il n'y a pas de structure qui protège les footballeuses contre l'arbitraire des dirigeants. Ça demande aussi beaucoup de courage et ce n'est pas toujours ce que les footballeuses ont en premier dans leurs relations avec les dirigeants. En décembre 2002, les footballeuses ont pour la première fois et au travers des antennes de Radio Siantou dénoncé, le harcèlement sexuel, la violence, la discrimination et les insultes publiques de leurs dirigeants. Ça me rappelle le fait que, quand les filles ne sont pas accusées d'être lesbiennes, elles sont insultées d'être des vieillottes. C'est le qualificatif que l'entraîneur national a trouvé pour ses joeuses afin de justifier leur élimination pour la coupe du monde 2003. S. N. Nyeck: Lorsque vous identifiez les footballeuses comme des "produits" à trouver ou à exhiber à quoi faites-vous allusion? Hoka H.: J'ai employé le mot "produit" d'abord parce que c'est celui qui est très souvent utilisé par les dirigeants pour désigner les joueuses. Ensuite, parce que la footballeuse est pour moi est une fabrication des décideurs qui veulent s'assurer que les femmes pratiquant un sport à forte dominance masculine ne viennent pas à s'attribuer les prérogatives des hommes. Certaines personnes ici pensent qu'il faille avoir la musculature d'un homme pour pratiquer le football. Souvent on appelle les footballeuses les "garcons manqués." Le football fémimin traite les femmes comme des fillettes qui ne doivent pas exposer leurs jambes de peur d'être violées. Celles qui persistent sont soupconnées de ne pas être normales. À mon avis, il suffit d'avoir le talent et les qualités nécessaires pour pouvoir pratiquer ce sport le tout accompagné d'un bon encadrement. Contrairement au Nigéria où on parle de "football de femmes," ici on insiste sur la notion du "football féminin." Ici, les femmes qui aiment les femmes ne s'appellent pas forcément "lesbiennes." C'est d'ailleurs un terme pas très en vogue. Elles s'inventent en puisant dans les langues locales des termes qui les grandissent par exemple mvoye qui dans une langue locale veut tout simplement dire "se sentir bien." S. N. Nyeck: Dans cet environement rigide à l'éclosion des talents des femmes en général et des lesbiennes en particulier, comment ces femmes footballeuses qui aiment d'autres femmes s'en sortent-elles ? Hoka H.: Elles s'inventent tout simplement. Chacun avec son histoire et ses déboires mais aussi son lot de bons souvenirs. Ici, les femmes qui aiment les femmes ne s'appellent pas forcément "lesbiennes." C'est d'ailleurs un terme pas très en vogue. Elles s'inventent en puisant dans les langues locales des termes qui les grandissent par exemple mvoye qui dans une langue locale veut tout simplement dire "se sentir bien." Bien dans sa tête, bien dans son esprit. Bien dans son choix. Ces termes évoluent et se transmettent d'une génération à une autre. Je ne vous donnerai pas plus que celui-là. S. N. Nyeck: Le journal Messager a publié Mercredi 11 Septembre 2002 un article sur le football féminin au Cameroun. On peut y lire parlant de lhomosexualité féminine: "Cette pratique malheureuse jete, depuis quelques années, un discredit sur le football féminin au Cameroun Le plus grand fléau du football féminin cest bel et bien lhomosexualité." Que pensez-vous de ces propos? Hoka H.: À mon avis, l'expression 'pratique malheureuse' n'a pas sa place parlant de l'homosexualité.Il faut souligner ici que toutes les joueuses de foot ne sont pas des lesbiennes, même si l'opinion public pense le contraire. Un jour pendant une conversation avec quelqu'un je suis surprise que cette personne me dise: "J'espère que tu ne fais pas ce que j'entends parler dans le football." Pour en savoir plus, je lai questionné sur cette invisible mais trop parlante chose donc il faisait allusion. Mon interlocuteur m'a répondu: "Il semble que toutes les filles du foot sont lesbiennes." Je continue à dire ici qu'on ne joue pas au foot avec le sexe mais avec les pieds! Pendant toute ma carrière j'ai toujours été parmi les meilleures. S. N. Nyeck: Le même article accuse les footballeuses lesbiennes dêtre aussi des proxénètes qui "placent leurs co-équipières auprès des dames riches?" Est-ce vrai? Hoka H.: Je ne suis pas au courant de cette prostitution féminine entre les femmes. Les gens s'arrangent toujours à jeter du discrédit sur les homos. Dans notre société l'homosexualité n'est pas vu d'un bon oeil ce qui fait que les gens racotent ce qu'ils veulent. Et aussi, certains journaux en difficulté se saisissent du sujet pour vendre leur papier. C'est toujours pour salir plus les femmes qu'on les traite d'agresseuses sexuelles Tout ce chantage est le fruit du sabotage des dirigeants et de l'entourage. Ils ont tous peur que les homosexuelles contaminent le reste. Les lesbiennes, ne peuvent pas agresser les hétérosexuelles parce quelles ne sont pas en position de force. S. N. Nyeck: Les footballeuses lesbiennes ou soupçonnées sont également caricaturées comme des agresseuses sexuelles. Est-ce vrai que les lesbiennes marginalisent les hétérosexuelles au sein du football féminin au Cameroun? Hoka H.: C'est toujours pour salir plus les femmes qu'on les traite d'agresseuses sexuelles. C'est une fausse déclaration que de dire les lesbiennes marginalisent les hétérosexuelles. Je pense que l'une des choses qui fait la force d'une équipe c'est la solidarité du groupe. Pour les filles hétérosexuelles il n'y a pas de problème à jouer avec les homosexuelles. Tout ce chantage est le fruit du sabotage des dirigeants et de l'entourage. Ils ont tous peur que les homosexuelles contaminent le reste. Les lesbiennes, ne peuvent pas agresser les hétérosexuelles parce quelles ne sont pas en position de force. Je n'ai jamais ouie-dire d'un tel comportement. S. N. Nyeck: Toujours dans le même article, un chargé de discipline déclare: "nous faisons tout ce que nous pouvons. Nous sanctionnons chaque fois que cest avéré." En quoi consistent ces sanctions? Hoka H.: C'est une situation assez délicate car certains dirigeants profitent de ce "pouvoir" pour abuser des filles. Généralement, ils menacent d'aller dans les familles tout avouer et, étant donné que l'homosexualité n'est pas encore reconnue, cela fera donc un scandale et généralement ce qui suit c'est que la fille est chassée de la maison et abandonnée à elle-même sans aucun revenu. Certains encadreurs conscients de cela exigent ce que je vais appeller "droit de cuissage" pour garantir leur silence. S. N. Nyeck: Hoka H. si je puis me permettre êtes-vous lesbienne? Hoka H.: Je suis bien. S. N. Nyeck: Je vous remercie pour votre courage. Hoka H.: Je vous remercie aussi. Sybille Ngo Nyeck contribue régulièrement sur la colonne Les couleurs de la Conscience. Elle peut être contactée à l'adresse suivante: sybeck77@yahoo.fr
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