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Frère Gai Avait Eté Condamné a Trois Ans Demprisonnement Sybille Ngo Nyeck: Bonjour Florence. Florence Monevondo: Bonjour Sybille. SNN: Florence Monevondo, vous êtes cameroounaise et vivez depuis quelques années en Europe. Avant votre départ du Cameroun, aviezvous entendu parler de lhomosexualité dans votre pays? Si oui, que pensez-vous de cette orientation sexuelle? FM: Jai entendu parlé de lhomosexualité au Cameroun. Mon regard sur cette forme de sexualité est simple. Je pense que chacun est libre de disposer de sa vie à condition que notre liberté ne nuise à celle dautrui. Je crois quon ne devrait pas juger les gens sur la base de leur orientation sexuelle plutôt à partir des actes posés pour le bien de lhumanité.
SNN: Justement au nom de cette liberté, il y a un certain nombre de journalistes qui dénoncent lhomosexualité au Cameroun comme étant une perversion. Certains parlent même dune forme de "terrorisme sexuel"; un héritage de la colonisation. Pensez-vous que lhomosexualité soit complètement étrangère à nos coutumes? FM: (Rires) Je ne pense pas que lhomosexualité soit étrangère à nos coutumes. On nosait pas tout simplement en parler. Cest une forme de sexualité qui existe depuis la nuit des temps. Vous avez certainement entendu parlé de lhistoire de Sodome et Gomorrhe dans la Bible. Ceux/celles qui pensent que lhomosexualité est une perversion, je crois savoir quils/elles le disent par ignorance. Quest-ce quon rejette? Est-ce lacte sexuelle ou simplement le fait que cet acte se passe entre personne de même sexe? Les fantasmes des homosexuel(le)s sont communs aux hétérosexuel(le)s. La sodomie, la fellation et autres sont aussi pratiquées par des hétérosexuels. Pour revenir à votre question, lhomosexualité existe depuis dans nos sociétés africaines et souvent dans les harems. Dans ces harems, les femmes étaient ensemble et très souvent loin du mari commun. Pour certaines dentre elles, lamitié particulière avec une autre femme était la seule source de bonheur dans le harem. Le culte du harem existe toujours en Afrique. Cest donc par ignorance que nous africains assimilons lhomosexualité à la sorcellerie.
SNN: Puisque vous semblez bien connaître le milieu gai et lesbien du Cameroun, pouvez-vous nous le décrire? Y a-t-il là des choses qui vous récusent? FM: Comme dans toutes les sociétés, le milieu homosexuel dans mon pays peut-être subdivisé en plusieurs tendances. Il y a ceux/celles quon appelle généralement des têtes-brûlées. Ces personnes affichent au grand jour leur préférence pour le même sexe et ceci parfois au prix de leur liberté parce que lhomosexualité est condamnée par la loi camerounaise. Le désordre sexuel, linstabilité dans les relations sont fréquents dans cette catégorie. Il y a une autre tendance que jappelle la "jet set" composée de personnes qui vivent leur amour dans la discrétion la plus absolue. La "jet set" est fermée donc, difficilement accessible. On y retrouve toutes les couches sociales. Ceux-ci ne sont pas facilement repérables en raison du silence, de la peur et de la discrétion qui règnent dans ce milieu. En somme, je pense quil y a pour tout le monde de réelles difficultés à se définir. On rencontre aussi des "bisexuels doccasion" souvent dépendants du partenaire du même sexe pour des intérêts financiers.
SNN: Linstabilité dans les relations; la peur de se découvrir; de se reconnaître et dassumer leurs fantasmes nest-ce pas la fuite que leur inspire la peur dune société qui ne rassure pas? Quelle expérience avez-vous de la violence envers les homosexuels dans votre pays? FM: Pour certaines personnes, on pourrait parler de peur mais aussi de linfluence de léducation judéo-chrétienne qui crée la culpabilité envers Dieu et la haine du corps; la rareté des débats et de la bonne information. Les personnes homosexuelles continuent à mimer seules leurs problèmes. Cette situation fait beaucoup de dépressifs. En ce qui concerne les persécutions, je dois dire que mon frère qui est homosexuel avait subi un procès fort médiatisé au Cameroun au bout duquel il avait été condamné à trois ans demprisonnement avec sursis et à une amende de 150.000fcfa alors quil était encore mineur. Le jugement aurait été plus dur sil avait déjà atteint la majorité. Je garde aussi le souvenir des personnes homosexuelles constamment violées par les défenseurs de lhétérosexualité comme norme absolue. Il y a aussi le Sida qui persécute tout le monde. Il nexiste pas encore de programmes de prévention et dinformation qui prennent en compte laspect orientation sexuelle dans lexécution des projets de santé.
SNN: Quelle a été votre la réaction et celle de votre famille pendant et après le procès de votre frère? FM: Jai toujours soutenu mon frère. Ma mère a beaucoup souffert la raillerie et les insultes dautres épouses de mon père polygame. Un cousin à nous qui écrivait à lépoque pour le magazine CE SOIR avait sévèrement critiqué mon frère par sa plume. Même sil a été obligé de sexpatrier, mon frère a malgré tout réussi dans sa vie professionnelle et pour cela, il jouit dun certain respect dans la famille. SNN: Le choix de la religion du Bouddha, est-ce pour vous un moyen dexorciser votre famille et vous-même des démons de lintolérance qui, comme vous le dites, hantent trop souvent le message chrétien? FM: Le Bouddhisme ma permis de me libérer de mes souffrances qui découlent du jugement des autres et de leurs regards. La philosophie bouddhique me permet de comprendre le véritable sens de la vie. Jestime que la religion devrait contribuer au bonheur des hommes et non les rendre malheureux. Elle devrait être au service des HOMMES et non le contraire. Un extrait de lenseignement bouddhique: "Si le cur des hommes est impur, leur terre lest aussi; mais si leur cur est pur, leur terre lest également; ainsi, il y a deux sortes de terres, pure et impure en elles-mêmes. Il ny a que la pureté ou limpureté de notre vie." Cela veut tout simplement dire que nous avons la cause de nos souffrances en nous et devons les affronter pour les transformer en joie. Notre environnement nétant que le reflet de notre propre état de vie. SNN: Si nous avons en nous la cause de nos souffrance ainsi que la force de les transformer en joies, quelle serait daprès vous le tribut des personnes homosexuelles à lhomophobie? FM: Il y a malheureusement beaucoup dhomosexuels parmi ceux qui se déclarent homophobes. Les choses ne changeront pas tant que les homosexuels continueront à nourrir des sentiments de culpabilité par rapport à leur orientation sexuelle. Toute révolution demande du courage et des actions bien coordonnées en fonction du problème quon veut solutionner. SNN: Florence Monevondo, je vous remercie. FM: Cest moi qui vous remercie. Sybille Ngo Nyeck contribue régulièrement sur la colonne Les couleurs de la Conscience. Elle peut être contactée à l'adresse suivante: sybeck77@yahoo.fr |