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Voudrais-tu venir à Jéricho?
par Sybille Ngo Nyeck

"N’aie pas peur Daniel! Dès le premier jour où tu as manifesté ton humble soumission envers Dieu ta prière a été entendue et je me suis mis en route pour t’apporter la réponse. Mais, l’ange de l’empire s’est opposé à moi pendant vingt et un jours. (Daniel 10:12-13)"

"Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, lorsque les brigands l’attaquèrent, lui arrachèrent ses vêtements pour le voler, le battirent et s’en allèrent en le laissant à demi-mort. Il se trouva qu’un prêtre descendait cette route quand il vit l’homme, il passa de l’autre couté de la route et s’éloigna.
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De même, un lévite arriva à cet endroit vit l’homme, passa de l’autre côté de la route et s’éloigna. Mais, un Samaritain, qui voyageait par là, arriva près du blessé. Quand il le vit, eut pitié. Il s’en approcha encore plus, versa de l’huile et du vin sur ses blessures et les recouvrit de pansements. Lequel de ces trois semble avoir été le prochain de l'homme attaqué par les brigands? Le maitre de la loi répondit: ‘Celui qui a été bon pour lui.’ (Luc 10:25-37)"
La fin d'année a toujours été très significative pour l'église parce qu'elle suscite de nouveaux espoirs fondés sur le Christ naissant. Tout au long de l'année qui s'achève, nombreux sont ceux qui, à la suite des mages, ont fait le long et traditionnel pèlerinage en quête du Divin. Qu'il soit appelé Jérusalem, la Mecque, le Nirvâna ou le Tao, le chemin vers le Divin ici représenté, est d'après les mystiques, l'un des plus soli taires, sinueux et périlleux. L'ascension de l'âme vers ces vertus hautement célestes est couronnée par l'union mystique avec le Sujet de son adoration.

En décembre, nous avons adoré. En ce début d’année 2002, j’aimerais nous inviter à un autre pèlerinage dans le sens inverse avec le Divin vers la Création comme qui dirait de Jérusalem à Jéricho.

La carte géographique de la Palestine au temps de Jésus place Jéricho non pas au Sud mais, un peu plus au Nord-Est de Jérusalem. Partant de Jérusalem, on se serait attendu que, le sens des marches des personnages de la parabole du bon Samaritain serait ascendant et non pas descendant. Jérusalem, ville centrifuge de par son économie mais, aussi, ville centripète dans ses fonctions religieuses. Il me semble que, ce n’est pas simplement par souci de "faire bouger les choses" à Jérusalem que, Jésus dans son récit en fait descendre le légaliste et le moraliste. Bien plus, j’y vois une volonté de renversement des pôles d’intérêts; un plaidoyer pour que naisse un véritable mouvement de rencontre et de dialogue tant politique que religieux entre classes et peuples. N’est-ce pas là le sens de la naissance d’Emmanuel au milieu de nous? La présence des images ainsi que leurs dons au Christ parlent à l’humanité de renaissance universelle et cosmique.

On dirait que Jésus va plus loin en permettant que "le geste qui sauve" vienne, non pas des leaders tétanisés par le virus de la froideur des systèmes d’exploitation qui font la guerre à la nature, mais d’un laissé-pour-compte.

L’auteur de cette parabole disait a ses disciples: "Nul n’est jamais monté au ciel sinon celui qui en est descendu. (Jean 3:13)" En d’autres termes, le chemin qui mène tout haut est le même qui conduit tout bas. Les difficultés que rencontre le chercheur de Lumière, sont les mêmes que partage le chercheur de l’Homme; le prochain le plus invisible. C’est d’ailleurs sans détours que "l’Homme" de la vision de Daniel lui révèle les causes du retard dans l’exaucement de ses prières. Au-delà de la volonté cosmique oeuvrant pour maintenir la création en harmonie, il y a la nature de l’homme qui fait obstacle et rend difficile cette harmonisation. Pour Daniel, il est clair que le Divin, ne devrait pas être monopoliste dans la recherche des solutions qui minent notre existence. On dirait que Jésus va plus loin en permettant que "le geste qui sauve" vienne, non pas des leaders tétanisés par le virus de la froideur des systèmes d’exploitation qui font la guerre à la nature, mais d’un laissé-pour-compte.

Jéricho pourrait être pour nous aujourd’hui, un petit village palestinien, un quartier comme Harlem à New-York ou encore un village africain persécuté par des pillards armés. Ces endroits où l’on va les yeux et les coeurs bandés; les pieds montés sur les échasses du mépris. Jéricho serait un nom convenable pour ces continents que misère accable et qui ont tout à envier à ces îlots d’arrogance matérialiste sauf leur indifférence face à la souffrance humaine. Oui, le Devoir de compassion est la pierre angulaire oubliée par ces ouvriers de la première heure.

Le premier pèlerin était tombé entre les mains des brigands qui l’ont blessé et dépouillé. La victime était là comme un nuage brisé dans le ciel de la violence. Lorsque j’ai demandé à mon petit ami qui fait encore son école de dimanche de me dire d’après lui quelle serait la raison qui poussa le scribe et le prêtre de passer outre le blessé, mon jeune ami sans hésiter m’a dit: "le scribe n’avait pas d’alcool et le prêtre avait oublié sa bible." Sa réponse m’a fait rire mais j’y trouve beaucoup de sagesse. Je sais néanmoins que, face à la souffrance humaine, on n'est jamais suffisamment préparer à l’affronter sans avoir envie de se dérober. Comme le scribe qui sait ce qui est écrit dans la loi et qui préfère lui donner un sens qui ménage ses sensibilités, nous aussi fermons très souvent les yeux sur ce qui nous dérange. C’est plus simple pense-t-on de se fabriquer une loi sans visage et sans corps surtout quand celle-ci nous met à l’abri du questionnement. Je ne peux pas dire combien de fois j’ai détourné le visage à la vue d’un lépreux ou des enfants au bord des trottoirs mendiant amour et argent. Je les ferme encore plus, devant les images des enfants palestiniens armés de pierres qui tombent sous des balles israéliennes. La vision des milliers d’orphelins du Sida en Afrique, les images du WTC s’effondrant sous la pression de la haine sont encore plus émouvantes.

Mais, chaque chose a une fin. Il y a eu un temps où l'église quant elle ne se rendait pas complice, faisait fi de ne pas voir la souffrance du peuple… Prêtres et Société Civile demandent les élections transparentes en cette année 2002.

Au Cameroun, neuf jeunes gens enlevés de leurs domiciles ont été tués en silence par les forces gouvernementales du commandement opérationnel à Douala sans raison apparente. Plus encore, ces dernières années, le peuple se plaint de la fraude électorale qui, pour plusieurs pays africains, est devenue constitutionnelle. Dans ce pays, les policiers se confondent aux braqueurs et on ne sait vraiment plus à quel saint se vouer. Mais, chaque chose a une fin. Il y a eu un temps où l'église quant elle ne se rendait pas complice, faisait fi de ne pas voir la souffrance du peuple. Seulement, depuis quelques temps, le Cardinal Tumi fait des sorties médiatiques très gênantes pour le pouvoir en place. On se rend bien compte qu'à la suite du bon Samaritain, nom breux sont ceux qui dans ce pays n'ont plus envie de se taire. Prêtres et Société Civile demandent les élections transparentes en cette année 2002. Cela demande de la foi et aussi que chacun fasse ce qu'il peut pour préserver la Justice qui est le garant de la Paix.

Aussi vrai que la force du nuage vient du vent, il me semble que la reconstitution des identités brisées d'ici et d'ailleurs, dépendra de notre volonté commune à initier un dialogue réel entre le Nord et le Sud, l'Est et l'Ouest et à laisser à chacun le soin de rendre visibles ses blessures et à conjuguer au temps qu'il faille son histoire. J’espère trouver avec vous ici, un thème assez intéressant sur lequel nous pourrions méditer tout au long de cette année sur la route de Jéricho.

Bonne et heureuse année à vous !

 

Sybille Ngo Nyeck is a regular contributor to A Globe of Witnesses. Her monthly column is Colors of Conscience. Sybille can be emailed at sybeck77@yahoo.fr